À toi, mon bébé qui ne grandira pas

Un texte de notre collaboratrice Lexie

À toi,

Tellement de choses se bousculent dans ma tête en ce moment. Avant même d’apprendre que je t’attendais, j’avais décidé de ne rien annoncer avant la 12e semaine de grossesse. Pourtant, lorsque la deuxième ligne est apparue sur mon test, dans les toilettes, je me suis empressée d’appeler toute la famille pour leur apprendre. J’étais tellement heureuse et survoltée que j’ai jeté le sac de la pharmacie, la boîte du test de grossesse et ma carte de guichet. Avec ma soeur, qui aurait dû être ta marraine, nous riions de la situation sur le chemin du retour en se disant que nous allions te raconter cette histoire dans quelques années.

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J’ai calculé la date où tu devais venir au monde, date gravée au fond de mon coeur, le 12 février. Lorsque ton grand frère allait fêter ses trois ans, tu aurais 3 mois, ce qui serait parfait pour un anniversaire et un baptême communs, permettant à vos arrières-grands-parents d’être présents à tous ces beaux événements!

Les 8 premières semaines de ma grossesse, des tas de questions se bousculaient dans ma tête, mélangées à tous les espoirs que j’avais et aux plans que je me faisais. Allais-tu être une fille ou un garçon? Aurais-tu les cheveux blonds comme ton frère ou foncés comme les miens? Ses yeux bleus ou mes yeux pairs? Serais-tu calme ou très éveillé?

Je suis allée à notre échographie avec toute la joie qui m’habitait. Tout était parfait, aucun saignement, plein de nausées, du poids en plus, j’avais hâte de voir ton coeur clignoter comme celui de ton frère quelques années plus tôt. Je me suis installée sur la table d’examen avec empressement, j’étais prête à tout, sauf à ça.

L’image était totalement immobile. J’ai regardé la femme qui faisait l’échographie, dans l’espoir qu’elle verrait quelque chose, que c’était mes yeux qui me jouaient des tours. Son visage ne trahissait rien. Après un long moment de silence, j’ai osé lui demander ce qu’il se passait, même si au fond de moi je savais exactement ce qui était en train d’arriver. Ton cocon était pratiquement vide, et beaucoup trop petit. Peut-être n’avais-tu jamais été là, ou peut-être que la vie avait changé d’idée. Je ne le sais pas et je ne le saurai jamais. Tout s’était écroulé en une fraction de seconde.

Tu ne viendras jamais au monde. Tu n’auras jamais de prénom. Je ne te tiendrai pas non plus dans mes bras. Je ne te raconterai jamais l’histoire de la carte de guichet jetée aux poubelles. Je n’aurai pas de ventre rond pour les prochaines fêtes de fin d’année. Il n’y aura pas de baptême à la fête de trois ans de ton grand frère. Il ne sera d’ailleurs pas grand frère, pas maintenant. Le pire dans tout ça, c’est que tu ne seras pas réel(le) pour personne mis à part pour moi, personne ne t’aura aimé, sauf moi.

La première semaine, les gens étaient là pour moi, ils ont essayé de m’aider, de trouver les bons mots, mais rien ne suffisait. Il n’y avait rien qu’ils puissent dire. Tranquillement, les gens retournent à leurs occupations comme si rien ne m’était arrivé, comme si tout allait mieux, comme si la tempête était passée. Alors que leurs vies continuent, la mienne va au ralenti, les jours se suivent et se ressemblent.

À ce jour, bientôt trois semaines se sont écoulées. Tu es encore en moi, même si tu n’es plus vraiment là et que tu n’y as probablement jamais été. J’attends toujours l’appel d’un médecin pour obtenir le rendez-vous qui va nous délivrer, toi et moi. La vie va ensuite continuer comme avant, sans toi. Ce sera comme si tu n’avais jamais existé; peut-être seras-tu mentionné au détour d’une conversation à Noël, comme si c’était banal, comme si tu n’étais rien. Moi, je ne t’oublierai jamais. Le 20 juillet restera toujours le jour où on m’a annoncé ton départ et le 12 février restera le jour où tu ne viendras jamais au monde.

De celle qui ne sera jamais ta maman.

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. ColombesMum dit :

    Quel bel hommage, beau texte. Courage dans cette souffrance taboue.

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  2. Sabno dit :

    J’ai vécu une fausse couche à 7 semaines de gestations. On espère même si on sait. Seul les paroles du docteur nous frappent par la réalité emportant notre mince espoir restant. Pour nous notre bébé existe à partir du moment où on aperçoit la petite ligne rose , pour les autres, se n’est qu’une fausse couche 😦

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