Je suis la « folle » qui a eu deux enfants seule

Un texte de notre collaboratrice Carine Du Sablon

En 2009, j’ai eu mon premier enfant. Vingt-deux ans, un bébé tout neuf et toute seule ! Je passais déjà pour une cinglée à l’époque. Quelle fille rationnelle pouvait bien faire le choix de s’embarquer seule dans l’aventure de la parentalité? Qui était assez fou pour vouloir élever un enfant seul? Pour certains, ma grossesse et mon accouchement solitaires étaient une catastrophe. « Pauvre elle, elle ne sait pas dans quoi elle s’embarque », pensaient-ils! « Elle aurait pu se faire avorter » ! « On ne garde pas un enfant quand notre vie n’est pas stable »! Et encore, je vous épargne les pires commentaires et sous-entendus que l’on m’a fait.

Je ne vous cacherai pas que je ne savais pas comment tout cela allait se passer. J’avais des doutes, des peurs, mais je savais que je faisais la bonne chose. Pas au début, c’est vrai. J’ai hésité longtemps, je me suis même présentée à une clinique d’avortement. Mais je n’ai pas été capable de me faire avorter. Je me suis écoutée; ce n’était pas la décision la plus facile. Avec tout ce que j’entendais comme jugements, je voyais déjà les regards de désapprobation qu’auraient les gens quand ils allaient savoir. Quand j’ai pris la décision de garder mon bébé, j’ai su que c’était la bonne chose à faire.

Je me rappelle encore les réactions de certains de mes amis sur Facebook. Certains commentaires revenaient constamment : «Wow, félicitations, je ne savais pas que tu étais en couple?», «C’est qui le père?» etc. Je n’ai tout simplement pas répondu. Je n’étais pas prête à l’époque à répondre à ça. J’avais un peu honte de ne pas vivre l’arrivée de bébé comme je me l’étais imaginé quand j’étais gamine. C’était comme si je devais me sentir malheureuse d’avoir cet enfant, car ma situation était loin d’être idéale. Puis, avec le temps, j’ai appris à ignorer les jugements des autres et à faire ce qui me rendait heureuse.

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J’ai toujours voulu une grosse famille, je me rappelle que lorsque j’étais adolescente, je voulais sept enfants. Cinq que j’aurais porté et deux que j’aurais adopté. Je me faisais un petit cahier avec les prénoms que je trouvais beaux. C’est donc vers 23 ou 24 ans que je me suis présentée en clinique de fertilité. Je me suis fait retourner à la maison. « Tu es jeune, tu as le temps de rencontrer quelqu’un…» J’ai donc mis mon projet de côté, mais je n’ai jamais arrêté d’y penser. Je voulais un autre enfant, un autre bonheur. Le temps a passé et ma vie amoureuse est restée au point mort…  Mon seul vrai amour était mon amour maternel pour mon fils.

Je voyais la trentaine approcher et mes doutes sont apparus; et si je ne rencontrais jamais l’homme de ma vie ?  Si je le rencontrais trop tard, lorsque mon corps ne serait plus en mesure de créer de miracle? Allais-je passer le reste de ma vie à regretter? Il y a une citation qui m’a toujours interpellée : « ne rêve pas ta vie, mais vis tes rêves». Je me l’étais même fait tatouer sur le mollet. C’est donc au printemps 2015 que j’ai remis le projet en branle, avec la peur au ventre qu’on me refuse ce bonheur une seconde fois. Mais je n’allais pas passer le reste de ma vie à regretter!

Je suis retournée à la clinique de fertilité, la même que la première fois. Le médecin fut d’accord avec moi choix. Après tout, je savais dans quoi je m’embarquais, j’avais déjà eu un bébé toute seule. Mais il n’était pas seul à prendre la décision, et comme j’avais 28 ans, les choses étaient plus compliquées. Avoir un enfant en insémination avec un donneur en tant que femme seule n’était pas autorisé avant l’âge de trente ans. J’ai donc vu la psychologue (j’ai été très chanceuse, j’ai eu mon rendez-vous car elle n’avait pas vu mon âge). Elle m’a alors dit : « je n’avais pas vu ton âge, donc soit tu gardes ton argent (les frais de l’évaluation) et tu rentres chez toi, soit on fait la rencontre quand-même et on verra ce que ça donne… ». Je sentais qu’elle sous-entendait qu’on ferait la rencontre pour rien. J’ai persisté, après tout j’étais là, je n’allais pas rebrousser chemin. Au pire, j’allais perdre 200$. Je lui ai donc révélé toutes mes raisons et motivations les plus profondes d’avoir un autre enfant. Je ne me souviens plus exactement de tout ce que je lui ai dit, j’étais tellement stressée.  À la fin de la rencontre, j’ai vu l’étonnement dans son visage. Elle avait pu constater toute ma détermination et voir que j’étais une fille pleine de ressources. Et à mon grand soulagement, elle m’a dit qu’elle plaiderait pour moi. Il restait à convaincre le comité afin que je puisse avoir une dérogation…

Quelques temps plus tard, j’ai reçu un appel me laissant savoir que ma demande avait été acceptée par le comité! Qu’est-ce-que j’étais heureuse! Toutefois, j’ai gardé l’information pour moi, je savais que les gens allaient essayer de me décourager. J’ai donc passé les tests médicaux dans le plus grand silence. Puis j’ai eu mon autorisation officielle du médecin pour passer à la première tentative d’insémination. J’ai alors passé des heures et des heures à éplucher les fiches de donneurs potentiels! Il y en avait tellement et je voulais faire le meilleur choix. Puis est venu le moment de l’insémination…

Dix jours plus tard,  je courais chez ma meilleure amie, lui brandissant le test de grossesse positif devant les yeux. Je n’y croyais pas, j’allais avoir un autre enfant! La vie m’accordait ce bonheur ultime d’agrandir ma famille. J’avais la fierté, le soulagement et le bonheur étampés sur le visage. J’étais enceinte!

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Puis je l’ai annoncé à mon entourage. J’étais consciente que les réactions ne seraient pas unanimes. J’ai essuyé des commentaires plates « t’en a pas assez d’un toute seule?», «Comment tu vas faire ? »,  « T’es folle (placez un sacre ici), mais je suis content pour toi.» « Si c’est ce que tu veux…». Peu m’importaient les commentaires, j’étais très heureuse de cette deuxième grossesse, désirée depuis si longtemps.

Alors, vous savez quoi? Avoir des enfants seule n’est pas un drame en soi. Ça peut paraître insensé, surtout quand c’est voulu. Ça peut heurter vos convictions familiales. Vous pouvez même me trouver folle et c’est correct. Je suis fière d’être la folle qui a eu deux enfants toute seule. Vous devez vous demander comment je fais pour tout faire toute seule? Vous savez, je ne le sais pas moi-même. Je me lève chaque matin avec mes trésors et je passe la journée à donner mon maximum pour eux.  Eh oui, je me couche chaque soir crevée, (lire ici vraiment crevée), mais vous savez quoi ? Je suis heureuse de ma vie et de mes enfants. Après tout, peu importe la tournure de notre vie, l’important c’est que celle-ci nous comble de bonheur, n’est-ce pas?

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4 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Coucou! C’est admirable de ta part, j’ai eu un bébé seule aussi, pour des raisons différentes des tiennes sûrement, ça n’a pas été facile mais on s’en sort. Le mental et la volonté 😊 A très vite, n’hésites pas à venir me lire

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  2. Carolane dit :

    Jadore la fin de ton récit …. En particulier la dernière phrase …qui porte beaucoup à réfléchir …. ! Bravo pour ta détermination, ton courage et ta réussite ! 🙂

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  3. leblogdemag dit :

    Wow, je n’ai pas décidé d’avoir un enfant seule, mais c’est tout comme. Je suis devenue monoparentale lorsque mon enfant a eu 2 mois. Et l’élever seule a été tellement une satisfaction que j’ai même pensé en avoir un autre. Je t’invite à me lire également.:)

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