Maman, je ne m’aime pas : une histoire d’estime de soi!

Un texte de notre collaboratrice Solange

J’ai toujours voulu être maman, du plus loin que je me souvienne. Moi et les enfants ça a toujours été une grande histoire d’amour, dès lors que je suis en leur présence, je deviens un vrai bébé, je me mets à quatre pattes pour faire le chat ou m’assied à table pour prendre le thé dans de fausses théières en plastique en faisant des ‘ahhh’ à chaque gorgée. En tombant enceinte, je crois que nous avons tous le même réflexe. On commence à s’imaginer notre mini nous, dans mon cas je souhaitais que ma fille ait mes yeux, qu’aucun de mes deux n’aient mes cheveux fins de bébé, que mon fils ait le regard brun de son père et son entregent. On se met à se demander comment sera notre enfant en tant que bébé, puis en tant qu’enfant, puis en temps qu’adolescent et finalement quel genre d’adulte il offrira au monde.

Ma plus grande peur à moi a toujours été qu’un jour ma fille ou mon garçon vienne me voir et me dise « Maman, je ne m’aime pas ». Mes craintes ont toujours été de transmette ce mal-être que je traîne depuis que je suis toute petite et sur lequel je n’ai jamais pu mettre un nom, jamais pu apposer une étiquette. Je ne m’aime pas. J’ai toujours le sentiment de ne pas être adéquate, de ne pas être assez, de ne pas convenir. Enfant, j’étais la timidité incarnée, j’avais peur de tout. En vieillissant, je me suis mise à être renfermée, plutôt que de jouer avec les amis dans la rue, je me faisais des histoires avec des boîtes. À 11 ans, j’écrivais des histoires de morbides, je passais des heures à lire des histoires de peur, seule dans ma chambre. Je ne me suis jamais sentie à ma place où que ce soit et je n’ai jamais su pourquoi.

Quand ma soeur est née, 8 ans après ma propre naissance, j’ai commencé à la jalouser. Automatiquement, je me suis dis qu’ils l’aimeraient plus, qu’elle serait l’enfant parfaite, celle qu’ils attendaient tous les deux et n’avaient pas eu avec moi. Je ne m’étais pas trompée.

Certaines personnes ont cette capacité de modeler leur caractère en fonction des gens avec qui ils se trouvent. Je n’ai pas cette capacité. Je suis incapable de me tempérer, tout sort trop fort et trop intense, mon cerveau est directement lié à ma bouche sans qu’il y ait de tamis entre les deux pour décider entre ce qui doit être dit et ce qui doit rester secret. Je crois qu’il y a des gens qui ont des tempéraments que l’on aime ou que l’on déteste. J’en fais partie. Malheureusement, je me déteste plutôt que de m’aimer. Ma soeur elle, est cette personne qui plait, où qu’elle soit, avec qui que ce soit. Calme, tempérée, toujours gentille et souriante, qui ne prend pas de place et ne fait jamais de trouble. Moi, je suis la trouble-fête, celle qui parle trop fort, qui ne fait pas d’efforts pour plaire et qui hausse le ton dès qu’on l’énerve un tant soit peu.

Je me demande souvent comment je pourrai transmettre à mes enfants l’amour de soi, la confiance, l’acceptation de nos différences, alors qu’à l’approche de la trentaine, je doute toujours autant de moi, de mes compétences. Chaque fois que je perds patience envers l’un de mes enfants, c’est une entaille sur mon amour-propre. Chaque fois qu’un client n’apprécie pas l’un de mes produits, j’ai envie de pleurer et de tout abandonner. Ça m’a pris tout mon courage pour oser me partir en affaires, parce que j’ai toujours préféré ne rien tenter que d’échouer, et cette chute dans le vide continue de m’effrayer et de me retenir chaque jour. À chaque nouveau client qui me dit ‘wow j’adore, c’est délicieux!’ une parcelle de moi me retient d’en être trop heureuse, parce que je me dis que ça ne peut pas durer.

Le reflet que me propose le miroir n’est pas celui que me propose mon âme. Je me vois plutôt jolie, mais ordinaire. Je me vois grosse. Je me vois incompétente; et comme mère, et comme entrepreneure, et comme amie, et comme enfant. Je ne suis pas adéquate. Mais qui détermine ce qui est correct et ce qui ne l’est pas? Qui détermine ce qui est assez et ce qui n’est pas suffisant? Pourquoi je ne peux pas simplement miser sur ce sourire que mon enfant me fait, sur ce câlin que je n’ai pas demandé et qui m’est offert, sur cette caresse sur ma joue lorsque je me réveille le matin? Pourquoi suis-je toujours incapable de prendre un compliment sans me dire que la personne se sent forcée de me le faire? Pourquoi suis-je toujours timide et réservée, même quand il s’agit de mon gagne-pain, de ma passion?

Comment font-ils, ces gens pour s’aimer tels qu’ils sont, tout simplement, sans condition? Comment puis-je aimer à ce point les gens qui m’entourent, ces êtres que j’ai mis au monde, cet étranger dans la rue qui a une aura paisible et bienveillante et encore me dire que moi, pauvre petite sotte, je ne mérite, en fait, pas grand chose?

Même dans le malheur, je ne suis pas assez. Je vivais une relation abusive, certes, mais cette relation est terminée, alors je devrais sourire! J’avais des problèmes personnels assez graves, mais ils sont en voie de guérison, alors pourquoi me plaindre? L’un de mes enfants a failli mourir, mais il est à ce jour en parfaite santé et tout va de mieux en mieux, alors pourquoi me permettre de chialer de ces quelques rendez-vous par-ci par-là?

Parfois, je fais semblant que tout va bien. J’étampe un sourire sur mon visage et répond à l’affirmative à toutes les questions. Je ne laisse aucune trace de ce noir démon apparaître dans mes yeux, sur ma peau ou dans mes gestes. Parfois, pourtant, j’aurais envie que quelqu’un le voit et me laisse pleurer en boule, à gros sanglots, jusqu’à ce que j’aie vidé cet énorme trop plein. Juste une fois. Et qu’il oublie. Que la vie reprenne son cours.

J’ai une peur fulgurante de ne pas être adéquate le jour ou mon enfant me dira « Maman, je ne m’aime pas ». J’ai peur de ne pas avoir trouvé les bons mots d’ici-là…

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Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Coucou!! C’est tellement compréhensible, ce mal-être s’appelle la peur de l’abandon. La peur donc de ne pas être aimer de sa famille, de ces enfants mais aussi de ces amis, son entourage proche, ces collègues…et surtout de soit même! Car on ne pense pas mériter autant que les autres d’avoir de l’affection et de l’amour, qu’on est pas digne et pas assez important. Et bien pas du tout, chaque être est digne de la même chose, il faut travailler sur soi au quotidien et se répéter sans cesse qu’on est aussi bien qu’un autre car chaque être est unique et important! Malgré nos différences, quelle qu’elle soit, nous sommes tous égaux!! Et c’est en travaillant sur toi que tu réussiras à faire passer les bonnes choses à tes enfants. Ce sont des éponges, et une éponge ressent tout MÊME lorsque nous croyons réussir à l’estomper, pas du tout, l’enfant est une partie dénoue et il sait tout même inconsciemment…et si tu n’y arrives pas seule, fais toi aider, ça viendra! J’en suis la preuve vivante ET j’ai encore des moments dures mais j’y travaille😊 Bon courage!

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