Je ne veux pas de césarienne, je ne veux pas de césarienne!

Un texte de notre collaboratrice Carine du Sablon

Pour mieux comprendre l’histoire de Carine, je vous invite à lire Je suis la folle qui a eu deux enfants seule.

Ma plus grande peur par rapport à mon accouchement était d’avoir une césarienne.  La césarienne ne me faisait pas peur en tant que tel (enfin, un peu quand même). Ce que je craignais le plus était d’être séparée de mon bébé. C’était inconcevable dans ma tête de mettre mon enfant au monde et d’en être séparée. J’ai angoissé toute ma grossesse. Je ne voulais tellement pas vivre ça.

Et bien, malgré le fait que je n’ai pas eu de césarienne, j’ai dû être séparée de ma fille quand même. Pas de cicatrice sur le bas-ventre, mais une à l’intérieur du cœur. J’ai eu une fin de grossesse un peu pénible. Les dernières semaines furent généreuses en contractions, en complications et en manque de sommeil.

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J’ai donc accouché de ma fille à 35 semaines. Un accouchement qui a duré quarante-cinq minutes au total. Accouchement de rêve… NON. Pas pour moi. J’ai donné naissance en accéléré. Les contractions étaient très douloureuses. Un 22 sur 10 sur l’échelle de la douleur. Rien pour atténuer ma souffrance, bébé était beaucoup trop pressé.  J’ai juste eu le temps de me rendre à l’hôpital. Une chance que je m’y suis rendue pour un contrôle, car si j’avais attendu les contractions, j’accouchais dans ma voiture…

Bref, après avoir précipitamment expulsé ma fille, elle fut immédiatement prise en charge. Pas de beaux moments sur maman à respirer l’amour. Pas de beau bébé au teint rose enseveli de tendresse dans les bras de sa mère. La première image que j’ai de ma fille, c’est ce petit bébé tout gris, pas de tonus, qu’on se dépêchait de ventiler. J’ai regardé ma fille au loin comme si elle n’était pas dans le même monde que moi. Le personnel médical qui s’agitait autour, moi en arrière-plan, qui ne réalisait pas. Pas de soulagement de l’avoir mise au monde. Seulement la culpabilité et l’incompréhension. Je n’ai pas éprouvé cette vague d’amour qui arrive quand on voit enfin notre poupon.  Que s’était-il passé?  J’étais incapable d’apprécier le moment. J’avais mal, j’étais inquiète et dépassée. Je n’étais pas prête, ma fille non plus. J’étais sous le choc…

Deux longues heures se sont écoulées avant que je puisse la retrouver. Mon petit bébé sur le lit chauffant branché à des moniteurs. Le contour de la bouche encore cyanosé. La tête un peu déformée par mon accouchement précipité. Heureusement, elle allait bien. J’ai pu la prendre sur moi, en prenant bien soin de ne pas arracher les petits fils accrochés à son corps. On était ensemble, finalement. On a pu commencer la construction du lien extra-utérin. Un lien un peu timide, un peu maladroit, mais un lien quand même qui n’a cessé de grandir depuis ce jour.

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Les jours qui ont suivi ont été difficiles. Déjà qu’on ne dort pas beaucoup avec un nouveau-né, avec un bébé hospitalisé, c’est l’enfer. De plus, j’étais seule et j’avais deux enfants qui avaient besoin de moi.  Quand j’ai eu mon congé, j’ai dû faire des allers et retours entre la maison et l’hôpital. Je faisais boire ma fille et partais en trombe à la maison. Elle buvait toutes les trois heures, ça durait généralement quarante-cinq minutes en plus du gavage. J’avais quarante minutes de voiture à faire si j’étais chanceuse. J’avais l’impression d’être dans une course. Telle fut ma réalité pour les journées suivantes, jusqu’à ce que les infirmières me forcent à aller dormir une nuit chez moi. En cinq jours, je n’avais dormi que 10 heures… Ce soir-là, j’ai quitté l’hôpital avec l’impression d’abandonner ma fille, une autre séparation au profit d’une nuit de sommeil. En même temps, je tenais à peine debout…

Le lendemain, on retirait les moniteurs de ma fille. Je pouvais enfin espérer un congé. Seule condition, elle ne devait plus perdre de poids. Elle devait en prendre. L’espoir est venu remplacer le découragement. J’avais enfin le droit d’imaginer notre famille bientôt réunie à la maison. Il ne m’en fallait pas plus pour chasser toutes les déceptions des derniers jours.

Puis, le jour tant attendu arriva enfin. Ma fille reçut son congé. On devait revenir pour un suivi, mais une pression énorme s’enlevait enfin de mes épaules. Fini le déchirement d’être divisée en deux. Finie la course pour être partout en même temps. On serait ensemble tous les trois à s’aimer.apres 7.jpg

Quatorze mois se sont écoulés depuis l’arrivée de ma fille. J’en garde un goût amer. J’ai tellement pleuré à cette époque. Juste d’y penser me ramène dans l’impuissance que je vivais à ce moment-là. En même temps, il y a des bébés qui voient le jour beaucoup plus tôt que ma fille, qui restent des semaines/mois à l’hôpital (courage aux parents qui doivent vivre cela). Il y a aussi des accouchements beaucoup plus difficiles que le mien. Ça m’apaise un peu d’y penser, de me dire que ça aurait pu être pire. Quand on se compare, on se console. Je suis triste pour toutes celles qui doivent vivre cela. Peu importe la tournure et la gravité des événements, dites-vous que vous n’êtes pas seules.

Dans toutes les situations, il y a quelque chose de bien qui ressort. On devient plus fort et plus solide. On a beau tout prévoir, on ne sait jamais ce que la vie nous réserve. On n’a pas le contrôle de ce qui se passe, mais on a le contrôle de ce qu’on en fait. Il faut aussi voir le positif. Il y en a toujours même si ce n’est pas évident à trouver. Parce que vous savez, au fond, j’ai eu ce que je voulais, je n’ai pas eu de césarienne.

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